Un chef de site qui confond sécurité et sûreté déploie les mauvais moyens : un extincteur ne protège pas d'un vol, un portique ne protège pas d'un incendie. Cette fiche vous donne la grille que le jury attend en E4 et E6.
01Sécurité et sûreté : deux logiques, deux réponses
La SÉCURITÉ vise à protéger les personnes et les biens contre les risques ACCIDENTELS ou naturels : incendie, panne, inondation, chute, accident du travail. L'événement n'a pas d'intention. On y répond par la prévention, la protection passive (matériaux, compartimentage) et les moyens de secours (SSI, extincteurs, évacuation, SSIAP).
La SÛRETÉ vise à protéger contre les actes de MALVEILLANCE : intrusion, vol, dégradation, agression, terrorisme, espionnage. L'événement a un auteur et une intention. On y répond par la dissuasion, la détection, le retardement et l'intervention (contrôle d'accès, vidéoprotection, anti-intrusion, agents de sûreté, coordination avec la police).
Dans la pratique, les deux se rejoignent : une évacuation incendie mal maîtrisée devient une opportunité d'intrusion ; une alerte à la bombe est un sujet de sûreté qui déclenche une procédure de sécurité (évacuation). Le titulaire du BTS MOS raisonne toujours SÉCURITÉ + SÛRETÉ.
Schéma
Le carré sécurité / sûreté
SÉCURITÉ
Risques accidentels · pas d'intention · prévention + secours
SÛRETÉ
Actes de malveillance · intention · dissuasion + détection + intervention
Exemples sécurité
Incendie, fuite de gaz, chute, panne électrique, inondation
Exemples sûreté
Intrusion, vol à l'étalage, agression, sabotage, attentat
02Les 4 familles de risques du référentiel
1. L'INCENDIE : le feu et ses conséquences (fumées, chaleur, effondrement). C'est le risque n°1 en ERP et IGH ; la réglementation est la plus dense (compartimentage, désenfumage, dégagements, moyens de secours).
2. Les RISQUES NATURELS : séisme, inondation, tempête, feu de forêt, mouvement de terrain, éruption. Ils sont répertoriés au niveau communal (DICRIM) et départemental (DDRM).
3. Les RISQUES TECHNOLOGIQUES : nucléaire, chimique (sites SEVESO, ICPE), bactériologique, électrique, risques professionnels liés aux machines et process.
4. Les RISQUES HUMAINS (malveillance) : atteintes aux BIENS (vol, dégradation, escroquerie), aux PERSONNES (agression, harcèlement, prise d'otage) et à la NATION (terrorisme, espionnage, sabotage). C'est le cœur de la sûreté.
Grille de lecture d'un risque
| Famille | Nature | Moyens types | Partenaire institutionnel |
|---|---|---|---|
| Incendie | Accidentel | SSI, extincteurs, RIA, désenfumage, SSIAP, exercices d'évacuation | SDIS, commission de sécurité |
| Naturel | Accidentel | Plan de continuité (PCA), consignes majeures, alerte | Préfecture, mairie (PCS) |
| Technologique | Accidentel | POI/PPI, EPI, habilitations, zones ATEX | DREAL, préfecture, SDIS |
| Humain | Intentionnel | Contrôle d'accès, vidéoprotection, anti-intrusion, rondes, agents | Police, gendarmerie, CNAPS, référent sûreté |
03Analyser un risque : la méthode en 5 temps
Le référentiel attend une démarche outillée, pas une intuition. Les cinq temps : (1) IDENTIFIER le danger (source potentielle de dommage) ; (2) DÉCRIRE la situation dangereuse (exposition d'une personne ou d'un bien au danger) ; (3) ESTIMER la criticité = probabilité × gravité ; (4) HIÉRARCHISER (on traite d'abord les risques critiques) ; (5) TRAITER : supprimer, réduire, transférer (assurance, sous-traitance) ou accepter, puis suivre.
Le DIAGRAMME D'ISHIKAWA (causes-effets, « arêtes de poisson ») est l'outil cité par le référentiel pour remonter aux causes d'un dysfonctionnement selon les 5M : Matière, Matériel, Méthode, Main-d'œuvre, Milieu.
Schéma
Ishikawa appliqué à « Intrusion nocturne réussie dans un entrepôt »
EFFET : intrusion réussie
Matériel
Détecteur périmétrique HS depuis 3 semaines
Méthode
Aucune consigne de levée de doute écrite
Main-d'œuvre
Agent seul, non formé au site, fatigue (2e vacation de 12 h)
Milieu
Éclairage extérieur défaillant, haie masquant la clôture
Matière
Stock de smartphones visible depuis l'extérieur
Exemple terrain
Le magasin de bricolage de 4 000 m²
Un chargé d'affaires prépare une offre pour un magasin de bricolage (ERP type M, 2e catégorie). Diagnostic : SÉCURITÉ — stockage de bouteilles de gaz et de solvants (risque incendie/explosion), rayonnages hauts (chute d'objets), 1 200 clients le samedi (évacuation). SÛRETÉ — démarque inconnue de 1,8 % du CA (vol à l'étalage), agressions verbales en caisse, cambriolages du parc extérieur la nuit. Réponse mixte : 1 agent SSIAP 1 en journée + 1 agent de sûreté arrière-caisse le samedi + télésurveillance avec levée de doute la nuit + vidéoprotection déclarée en préfecture. Le client ne voulait au départ « qu'un vigile » : le diagnostic a doublé la valeur du contrat.
Application pas à pas
Construire une matrice de criticité pour un site
Vous êtes chef de site d'un centre commercial. On vous demande de classer 4 risques identifiés : (a) départ de feu en réserve, (b) vol à l'étalage, (c) agression d'un agent, (d) inondation du parking souterrain.
(a) 2 – rare mais possible ; (b) 4 – quotidien ; (c) 2 – quelques fois par an ; (d) 1 – très rare (orage centennal).
Résultat
Vous obtenez un classement objectivé, défendable devant le client ET devant le jury : c'est exactement ce que le critère « Le diagnostic de sécurité est pertinent » évalue en E4.
Piège / erreur classique · Erreur classique en E4
Écrire « vidéosurveillance » quand il s'agit de vidéoPROTECTION (voie publique / lieux ouverts au public, autorisation préfectorale) et l'inverse. Vidéosurveillance = lieux non ouverts au public (entrepôt, bureaux) ; vidéoprotection = lieux ouverts au public et voie publique. Le jury sanctionne cette confusion.
À retenir
- ▸Sécurité = accidentel (pas d'intention) · Sûreté = malveillance (intention).
- ▸4 familles de risques : incendie, naturels, technologiques, humains.
- ▸Criticité = Probabilité × Gravité → hiérarchiser avant de traiter.
- ▸Ishikawa (5M) pour remonter aux causes d'un dysfonctionnement.
- ▸Un bon diagnostic mixte sécurité + sûreté augmente la valeur de l'offre.
QCM · +10 XP
Une coupure électrique provoque l'arrêt des caméras et un vol est commis pendant la panne. Comment qualifier l'événement initial (la coupure) ?
Cas pratique
Le data center et la fuite de fluide frigorigène
Un data center de 3 000 m² vous confie un audit. Vous relevez : une fuite récurrente sur le circuit de climatisation, des badges d'accès prêtés entre techniciens, une porte de secours calée ouverte pour fumer, et un stock d'onduleurs au plomb dans un local non ventilé.
Q1. Classez chaque constat en sécurité ou sûreté et en famille de risque.
Q2. Proposez pour chacun une mesure immédiate et une mesure structurelle.
Q3. Lequel traiteriez-vous en premier ? Justifiez par la criticité.
